Le subjonctif avec les verbes
impersonnels
Prof. Seth Whidden
I. Après les verbes impersonnels et les locutions impersonnelles qui marquent la possibilité, l'impossibilité, le doute, la négation, la nécessité, un mouvement de l'âme, une appréciation (approbation ou improbation), on met le subjonctif dans la proposition substantive. C'est le cas après les expressions:
| il est possible | il ne fait pas de doute | il importe | il me tarde | il est convenable | c'est dommage |
| il est impossible | nul doute que | peu importe | il est bon | il est faux | c'est bien le moins |
| il se peut | point de doute que | qu'importe | il est juste | il est rare | c'est assez |
| il convient | il n'est pas contestable | il est important | il est utile | il est urgent | c'est beaucoup |
| il est douteux | il faut | il est exclu | il est naturel | il est honteux | c'est peu |
| il n'est pas douteux | il est nécessaire | il s'en faut | il est heureux | il est surprenant | il vaut mieux |
| il n'y a pas de doute | il est de règle | il tient à ... | il est fâcheux | il est triste | il s'agit |
Remarques
1. Après il n'est pas douteux (contestable,
discutable, etc.), il n'y a pas de doute, il
ne fait pas de doute, il est hors de doute, sans
doute, nul doute, point de doute, est-il
possible, il est de fait, on met, dans la subordonnée
introduite par que, l'indicatif si l'on veut marquer la réalité
d'un fait, et le conditionnel si le fait est hypothétique,
éventuel:
indicatif
Il n'est pas douteux que son unique pensée FUT celle-ci: imiter Socrate en l'exagérant (E. Faguet, Initiation philosophiq., p. 25).
Il n'y a pas le moindre doute que nous ne POUVONS plus vivre ensemble (Musset, Conf., V, 6).
Il est hors de doute qu'il RÉUSSIRA (Littré).
conditionnel
Il n'est pas douteux (il n'y a pas de doute, il est hors de doute, nul doute, etc.) qu'en changeant de méthode, il RÉUSSIRAIT.
S'il existait un héritier ou une héritière de lord Talbot (...), il n'est pas douteux que la reine Marie vous REPRENDRAIT les biens (Hugo, Marie Tudor, I, 6).
II. Après les formes impersonnelles exprimant l'idée de certitude, de vraisemblance ou de résultat, telles que:
| il est certain | il est vrai |
| il est sûr | il est vraisemblable |
| il est évident | il est probable |
| il est manifeste | il paraît |
| il est incontestable | il y a apparence |
| il est indéniable | il y a des chances |
| il est indiscutable | il s'ensuit |
| il est indubitable | il suit |
| il est constant | il résulte |
on met, dans la subordonnée introduite pas que, l'indicatif lorsque ces formes impersonnelles sont employées affirmativement ou, plus généralement, quand on considère le fait dans sa réalité; le conditionnel quand il s'agit d'un fait éventuel, hypothétique; et le subjonctif si le fait est simplement envisagé dans la pensée (c'est souvent le cas quand ces formes sont employées dans des propositions négatives, interrogatives ou conditionnelles).
indicatif
Il est clair, sûr, vrai, probable, évident qu'il VIENDRA.
Il est probable que cette idée CHOQUERA profondément M. le duc de Modène (Stendhal, Corr., t. VII, p. 142).
Il y a une chance sur trois qu'il EST italien (P. Valéry, Mélange, Pléiade, t. I, p. 292).conditionnel
Il est évident que l'effet théâtral RESTERAIT le même (Chateaubr., Génie, II, 2, 8).
Il est clair, certain, probable, qu'une autre méthode PERMETTRAIT de réussir.subjonctif
Il n'est pas sûr, certain, vraisemblable, probable qu'il VIENNE.
Qu'est-ce que le sublime? Il ne paraît pas qu'on l'AIT défini (La Br., I, 55).
N.B.1. Après certaines de ces formes impersonnelles (surtout après il est probable, et aussi après il est vraisemblable / exact, il y a apparence, il y a des chances) prises affirmativement, on trouve le subjonctif, qui donne alors qu jugement exprimé la couleur d'une certaine appréciation:
Il est probable (...) que le désir (...) SOIT d'emblée une fête de liberté, de tourbillon et de conquête (H. Mondor, Mallarmé plus intime, p. 60, cit. Glättli).
Il est probable que le bonheur SOIT l'éclat de l'être qui n'imagine (...) rien d'autre que ce qui est (J. Fourastié, Le Long Chemin des hommes, p. 81).
Il y a des chances qu'il RÉUSSISSE.
N.B.2. Même quand ces formes sont employées dans des propositions négatives, interrogatives ou conditionnelles, l'indicatif est possible dans la subordonnée:
Il n'est pas certain que je PARTIRAI.
Est-il certain qu'il VIENDRA?
Après il ne m'échappe pas que, il paraît que (= on dit que), c'est l'indicatif qui est demandé (le conditionnel si le fait est hypothétique):
Il ne lui échappe pas qu'une telle détresse VIENT pour une bonne par de son corps (J. Romains, Les Hommes de b. vol., t. VI, p. 286).
Il paraît que vous AVEZ gagné le gros lot et que vous AURIEZ l'intention d'en donner une part aux bonnes uvres.
Adapté de Maurice Grevisse, Le bon usage. Gembloux : J. Duculot, 1975. 1286-91 (no. 2560-64).