"De" ou "des"???
Prof. Seth Whidden
1. Avec les adverbes de quantité assez, beaucoup,
combien, moins, pas mal, peu, plus, que,
trop, le nom complément s'introduit par le simple de: assez
de bruit, beaucoup de fautes).
Mais si ce nom est déterminé par un complément ou par une proposition relative ou, plus généralement, si l'on exprime vraiment l'idée partitive, il demande du, de la, de l', des.
Nous considérons beaucoup des pensées de Valéry moins comme engageant leur auteur [...] que comme symptôme d'un certain esprit public (J. BENDA, La France byzantine, p. 233).
Trop du vin que vous m'avez envoyé est éventé.
Il me reste peu de la laine que vous m'avez fournie.
Quand cette amitié commença, beaucoup des "Maximes" de La Rochefoucauld étaient déjà écrites (A. MAUROIS, Cinq Visages de l'amour, p. 28).
Beaucoup des auditeurs étaient cyniques et aigres (Idem., Chantiers américains, p. 58).
Elle constata [...] que beaucoup des boutons manquaient (J. GREEN, Minuit, p. 225).
2. Quand le nom est précédé d'un adjectif, au lieu de du, de la, de l', des, on emploie, selon la syntaxe rigide, le simple de servant d'article partitif ou indéfini:
Manger de bonne viande.
J'ai de bon tabac.
Vous lui apportiez tous les jours de bon pain et des poulardes grasses (Voltaire, Le Taureau blanc, V).
Pour boire de bon vin, assis près d'un bon feu (Hugo, Châtiments, I, 8, 3).
De jolies maisons blanches qu'entourent des bosquets (Vigny, Cinq-Mars, I).
Cependant on met du, de la, de l', des, devant les noms composés et les groupes de mots où l'adjectif fait corps avec le nom: Des grand-pères. Des jeunes gens. Du bon sens. De la bonne volonté.
On emploie aussi les formes pleines du, de la, de l', des, devant l'adjectif quand le nom est suivi d'un complément déterminatif, ou encore quand on veut insister sur la qualité exprimée par l'adjectif:
J'ai bu du bon vin que vous m'avez envoyé.
Servez-nous de l'excellent potage dont votre cuisinier a le secret.
Ce marchand vend de la bonne et de la mauvaise toile: sachez choisir.
Remarques:
1. Au singulier, de bon pain, de bonne soupe s'écrivent parfois encore, mais sont inusités dans la langue parlée; les tours normaux sont: du bon pain, de la bonne soupe.
2. Au pluriel, de bons fruits est le tour habituel dans la langue écrite; il s'étend couramment chez les gens qui ont un langage soigné; mais des bons fruits prévaut dans la langue parlée et se répand dans la langue écrite.
Adapté de Maurice Grevisse, Le bon usage. Gembloux : J. Duculot, 1975. 352-54 (no. 656-59).