L'accord du participe passé employé avec un complément de durée ou de mesure
Prof. Seth Whidden


(N.B. N’oubliez pas que les verbes transitifs prennent des objets directs (et donc des c.o.d.), tandis que les verbes intransitifs ne le font pas. De même, on ne fait pas d’accord avec des verbes intransitifs…)

Ces verbes ont la particularité d’être intransitifs au sens propre (donc pas d’accord du participe passé). Ils sont alors accompagnés de compléments circonstanciels, à ne pas confondre avec des c.o.d. :

Les trois mille francs que cet achat m’a coûté…
La somme que cette robe a valu…
Les dix grammes que cette lettre a pesé…
Les vingt minutes que j’ai couru, marché…
Les quarante années que j’ai vécu…

Mais aussi transitifs au sens figuré (accord du participe passé, si le c.o.d. est placé avant) :

Les efforts que ce travail a coûtés
Les compliments que cette robe m’a valus
Les dangers que j’ai courus
Les belles années que j’ai vécues
ou Les belles aventures que j’ai vécues

Alors, pour réviser :

coûter  
Les trois mille francs que cet achat m’a coûté… Combien m’a-t-il coûté ? Ici c’est le sens propre du verbe « coûter », alors pas d’accord.
Les efforts que ce travail a coûtés… Ici « coûter » veut dire « être cause de quelque douleur ou de quelque peine » ; c’est le sens figuré, et on fait donc l’accord.

valoir
 
La somme que cette robe a valu… Combien a-t-elle valu ? c’est le sens propre, pas d’accord.
Les compliments que cette robe m’a valus… Ici « valoir », au sens de « faire obtenir, procurer, produire » ; sens figuré, donc accord.

peser
 
Les dix grammes que cette lettre a pesé… Combien de grammes a-t-elle pesé ? sens propre, pas d’accord.
Les conséquences qu’elle a pesées… Ici « peser » veut dire « constater le poids, examiner » ; sens figuré, donc accord.

courir
(ou marcher)
 
Les vingt minutes que j’ai couru, marché… Pendant combien de minutes avez-vous couru / marché ? Sens propre, pas d’accord.
Les dangers que j’ai courus… Ici « courir » prend le sens de « poursuivre en courant, s’exposer à » (comme l’anglais « run the risk of ») ; sens figuré, donc on fait l’accord.



vivre
Le verbe « vivre » est un peu plus difficile, surtout au niveau de la distinction entre ce que nous avons identifié comme le sens propre et le sens figuré. Grevisse (1980, no. 1916) dit que « vivre, construit avec un nom de temps ou de durée, a, dans beaucoup de cas, un sens intransitif, et le mot qui semble être un objet direct est un complément circonstanciel » (donc pas d’accord) : "Les années qu’il a vécu" [c’est-à-dire pendant lesquelles il les a vécu].
« Mais il a », continue-t-il, « dans de nombreux cas aussi, un sens transitif, celui de ‹ passer › ou de ‹ mener › ; son participe passé est alors variable (et on fait donc l’accord) : "Tant d’années qu’ils ont vécues sous le même toit." Et, il ajoute : « Le sens est transitif également, et le participe passé variable, quand vivre signifie ‹ traduire en actes dans sa vie › ; "Ses convictions, il les a vraiment vécues." "Ses rêves, il les a vécus."

Comment comprendre ceci ?
L’essentiel, c’est cette question de sens propre (et intransitif, et pas d’accord) ou sens figuré (et transitif, et accord). Pour le verbe « vivre », si vous parlez du temps pendant lequel une personne a vécu quelque chose, c’est le sens propre. Mais si vous voulez mettre de l’emphase sur la durée comme du temps éprouvé (qui le rapproche au sens des mots anglais « lived through »), c’est plutôt du côté du sens figuré.

Les quarante années que j’ai vécu… Combien d’années avez-vous vécu ? sens propre, pas d’accord.
Les belles années que j’ai vécues…
ou Les belles aventures que j’ai vécues…
Ici, c’est moins une question d’une durée précise, et plutôt d’une expérience quelconque.