La concordance des temps
Prof. Seth Whidden
I. Définition et généralités.
1. On appelle concordance
de temps (expression traditionnelle) ou correspondance de temps (expression
qui serait plus exacte) l'ensemble des règles qui régissent l'emploi
du temps dans une proposition subordonnée en fonction du temps du verbe
de la principale.
2. Le tableau ci-dessous indique les règles en usage dans la langue littéraire
tres soignée. Ces règles souffrent quelque assouplissement dans
l'usage dans la langue ordinaire.
II. Après un conditionnel
présent.
Théoriquement, au subjonctif, l'imparfait ou le plus-que-parfait sont
de rigueur: "Il faudrait qu'il vînt demain." "Il
faudrait pour cela qu'il fût venu plus tôt." Cependant,
en dehors de la langue littéraire très soignée, on préfère
le présent ou le passé du subjonctif: "Il faudrait qu'il
vienne demain." "Il faudrait pour cela qu'il soit venu
plus tôt."
III. Emploi de l'imparfait du
subjonctif dans la subordonnée.
Cet emploi est obligaroire dans certains cas, si l'on obéit aux règles
strictes de la concordance des temps. Or ce temps, de nos jours, est peu usité,
à l'exception de certaines formes.
1. L'imparfait du subjonctif est encore usité, dans la langue écrite,
à toutes les personnes, pour les verbes avoir et être:
"Il avait agi ainsi pour que nous eussions le temps de riposter."
"Il nous prévint pour que vous fussiez en état d'agir."
2. L'imparfait du subjonctif est encore usité, dans la langue écrite,
à la troisième personne du singulier de tous les verbes: "Je
le prévins pour qu'il sût à quoi s'en tenir."
3. L'imparfait du subjonctif est pour ainsi dire inusité aux autres personnes,
pour les verbes autres que avoir et être. On évitera
des phrases telles que: "Il désirait que vous arrivassiez
le plus vite possible." D'autre part, "Il désirait que vous
arriviez le plus vite possible" est mal admis dans la langue surveillée.
On tournera autrement: "Il désirait vous voir arriver le
plus vite possible."
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Temps de
la principale
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Mode de
la subordonnée
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Situation
dans le temps de l'action subordonnée par rapport à l'action
principale
|
Temps auquel
doit se mettre le verbe de la subordonnée
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Exemples
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| Principale au présent de l'indicatif |
Subordonnée
à l'indicatif
|
Action subordonnée antérieure à l'action principale |
Imparfait
de l'indicatif
OU Passé simple OU Passé composé OU Plus-que-parfait de l'indicatif |
Je pense
qu'il avait raison. OU Je pense qu'il eut raison. OU Je pense qu'il a eu raison. OU Je pense qu'il avait eu raison. |
| Action subordonnée simultanée par rapport à l'action principale |
Présent
de l'indicatif
|
Je pense qu'il a raison | ||
| Action subordonnée postérieure à l'action principale |
Futur
|
Je pense qu'il aura raison. | ||
|
Subordonnée
au subjonctif
|
Action subordonnée antérieure à l'action principale |
Passé
du subjonctif |
Je doute qu'il ait eu
raison. |
|
| Action subordonnée simultanée par rapport à l'action principale |
Présent
du subjonctif
|
Je doute qu'il ait raison maintenant. | ||
| Action subordonnée postérieure à l'action principale |
Présent
du subjonctif
|
Je doute qu'il ait raison un jour. | ||
| Principale à un temps passé de l'indicatif |
Subordonnée
à l'indicatif (ou au conditionnel)
|
Action subordonnée antérieure à l'action principale |
Plus-que-parfait
de l'indicatif
|
Je pensais qu'il avait eu raison. |
| Action subordonnée simultanée par rapport à l'action principale |
Imparfait
de l'indicatif
|
Je pensais qu'il avait raison. | ||
| Action subordonnée postérieure à l'action principale |
Conditionnel
présent
|
Je pensais qu'il aurait raison plus tard. | ||
|
Subordonnée
au subjonctif
|
Action subordonnée antérieure à l'action principale |
Plus-que-parfait
du subjonctif
|
Je doutais qu'il eût eu raison. | |
| Action subordonnée simultanée par rapport à l'action principale |
Imparfait
du subjonctif
|
Je doutais qu'il eût raison. | ||
| Action subordonnée postérieure à l'action principale |
Imparfait
du subjonctif
|
Je doutais qu'il eût raison plus tard. | ||
| Principale à un temps futur de l'indicatif |
Subordonnée
à l'indicatif
|
Action subordonnée antérieure à l'action principale |
Passé
simple
OU Passé composé OU Imparfait de l'indicatif |
Je penserai peut-être
un jour qu'il eut raison en son temps. |
| Action subordonnée simultanée par rapport à l'action principale |
Présent
de l'indicatif
|
Je penserai peut-être un jour qu'il a raison aujourd'hui. | ||
| Action subordonnée postérieure à l'action principale |
Futur
|
Je penserai qu'il aura raison. | ||
|
Subordonnée
au subjonctif
|
Action subordonnée antérieure à l'action principale |
Passé
du subjonctif
OU Imparfait du subjonctif OU Plus-que-parfait du subjonctif |
Je douterai
toujours qu'il ait eu raison ce jour-là. OU Je douterai toujours qu'il conçût seul ce projet. OU Je douterai toujours qu'il eût réussi dans l'aide des siens. |
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| Action subordonnée simultanée par rapport à l'action principale |
Présent
du subjonctif
|
Je demanderai qu'il parte aussitôt. | ||
| Action subordonnée postérieure à l'action principale |
Présent
du subjonctif
|
Je demanderai qu'il vienne plus souvent, à l'avenir. | ||
| Principale au conditionnel présent | Action subordonnée antérieure à l'action principale |
Plus-que-parfait
du subjonctif
|
Je douterais qu'il eût eu raison d'agir ainsi, si les circonstances avaient été différentes. | |
| Action subordonnée simultanée par rapport à l'action principale |
Imparfait
du subjonctif
|
Je douterais qu'il eût raison d'agir ainsi, si les circonstances étaientdifférentes. | ||
| Action subordonnée postérieure à l'action principale |
Imparfait
du subjonctif
|
Je douterais qu'il eût raison à l'avenir, s'il était possible de faire quelque prévision. | ||
| Principale au conditionnel passé | Action subordonnée antérieure à l'action principale |
Plus-que-parfait
du subjonctif
|
Il aurait fallu qu'il eût agi autrement. | |
| Action subordonnée simultanée par rapport à l'action principale |
Imparfait
du subjonctif
|
Il aurait fallu qu'il agît sur-le-champ. | ||
| Action subordonnée postérieure à l'action principale |
Imparfait
du subjonctif
|
Il aurait fallu qu'il agît, plus tard, autrement. | ||
Adapté de Jean Girodet, Pièges et difficultés de la langue française. Paris: Bordas, 1996. 862-65.